Du concept à la pratique avec un emballage réutilisable pour champignons
Le projet REPASYS s'inscrit dans la lignée de la Reusable Packaging Coalition
Un projet pilote remarquable a été lancé ce printemps à Malines, destiné à façonner l’avenir des emballages alimentaires réutilisables. Pendant six mois, six grandes chaînes de supermarchés y vendront des champignons blancs exclusivement dans un bac réutilisable standardisé.
Cette initiative s'inscrit dans le cadre du projet REPASYS, un projet de recherche et d'innovation à grande échelle visant à déterminer comment les emballages réutilisables peuvent être intégrés de manière viable dans la chaîne alimentaire. Cette initiative rassemble un groupe extrêmement large de partenaires: Albert Heijn, ALDI, Carrefour, Colruyt, Delhaize, Lidl, MIVAS, deSter, Kingslize Pizza, Rotion, Fost Plus, Made, GS1 Belgilux, Comeos, Pack4Food, Flanders' FOOD, VITO et l’Université d’Anvers. Le projet couvre ainsi pratiquement tous les maillons de la chaîne, du producteur et des acteurs logistiques au détaillant et aux instituts de recherche.
Nouvelle phase
Selon An Vermeulen, directrice de Pack4Food, REPASYS marque une nouvelle étape importante dans le développement des systèmes d’emballages réutilisables. Le projet s’appuie sur les travaux antérieurs de la Reusable Packaging Coalition, lancée en 2025, mais déplace l’accent de la théorie vers la pratique.
"Nous ne sommes plus dans la phase du 'est-ce que cela serait possible?', mais dans celle du 'comment rendre cela viable dans la réalité?'", explique Mme Vermeulen. "REPASYS marque en fait le passage du concept au système."
Alors que la coalition précédente élaborait principalement des modèles théoriques et des principes de base, REPASYS teste désormais ces principes dans un véritable environnement de supermarché. "Ce qui n’existait alors que sur le papier, nous le transposons désormais dans les rayons", explique M. Vermeulen.
Malines, un terrain d’essai vivant
Le choix de Malines n’est pas le fruit du hasard, puisque toutes les grandes chaînes de supermarchés participantes y sont représentées. De plus, Malines abrite Kingslize Pizza, qui utilise des boîtes à pizza en plastique réutilisables et dispose donc déjà d’une expérience avec ce concept. Le projet vise à étudier, dans des conditions réelles, comment les consommateurs utilisent les emballages réutilisables, comment organiser les flux de retour et quels modèles logistiques et économiques sont nécessaires pour faire fonctionner un tel système à grande échelle.
Dans tous les supermarchés participants, les consommateurs peuvent acheter des champignons dans le même bac réutilisable. Après utilisation, ils peuvent rapporter le bac dans n’importe quel magasin participant à Malines. Les emballages sont ensuite collectés, nettoyés et réutilisés. "Le seul élément de marque se trouve sur le film supérieur du bac et celui-ci est jeté dans le sac PMD après utilisation. Il n’y a donc aucune indication sur le bac indiquant à quel détaillant il doit être rapporté."
Le barquette est fabriquée en PP et scellée par un film supérieur pelable comportant des macroperforations permettant au produit de respirer. Chaque emballage est muni d’un code QR conforme à la norme GS1, ce qui permet de suivre numériquement l’ensemble du parcours. Les partenaires du projet peuvent ainsi obtenir des informations sur le nombre de cycles par emballage, les remboursements des consignes et les performances du système dans son ensemble.
"Pour nous, ce projet pilote est en fait une sorte de laboratoire vivant", explique M. Vermeulen. "Nous voulons non seulement savoir si cela fonctionne sur le plan technique, mais surtout comment les gens se comportent réellement dans un tel système. Il se peut bien sûr que les consommateurs ne souhaitent pas utiliser d’emballages réutilisables et qu’ils en viennent donc à éviter les supermarchés qui les proposent. C’est évidemment quelque chose que nous voulons éviter. Le suivi permet, pour la première fois à grande échelle, de suivre avec précision la circulation des emballages tout au long de la chaîne."
Quatre défis majeurs
Pack4Food mène actuellement deux projets liés aux emballages réutilisables. Au sein de REPASYS, trois grands thèmes occupent une place centrale: le comportement des consommateurs, les modèles économiques et la logistique. Dans le cadre de HERPAK, en revanche, la sécurité alimentaire occupe une place centrale. Si ce dernier aspect va bien sûr de soi, les trois premiers sont également cruciaux, selon M. Vermeulen, pour mettre en place un système viable. "On peut développer le meilleur emballage qui soit, mais si les gens ne le rapportent pas ou si la logistique ne suit pas, on n’a toujours pas de système."
Une partie importante de la recherche se concentre donc sur le comportement des consommateurs. Elle ne se base pas sur un seul type d’utilisateur, mais sur différents profils de consommateurs. "On distingue en fait quatre groupes", explique Vermeulen. "Les personnes qui optent très consciemment pour la réutilisation, celles qui le souhaitent mais trouvent encore cela difficile, celles qui privilégient avant tout la commodité et celles qui choisissent systématiquement le jetable."
Dans le cadre de ce projet, l’Université d’Anvers étudie les obstacles et les motivations rencontrés par les consommateurs. "La question n’est pas seulement de savoir si les gens veulent participer, mais surtout ce dont ils ont besoin pour pouvoir le faire efficacement." Une consigne de 30 centimes par emballage a été fixée lorsque le client le rapporte au supermarché.
La logistique comme fondement
Outre le comportement des consommateurs, la logistique constitue un deuxième défi majeur. En collaboration avec VITO, REPASYS développe un outil d’aide à la décision permettant de simuler différents scénarios. Cet outil doit aider à déterminer où implanter au mieux les stations de lavage, quelle capacité est nécessaire et comment organiser de manière optimale les flux de retour. Mais aussi quel doit être l’emplacement des stations de lavage et à quel moment elles doivent fonctionner. "À quelle vitesse un bac se couvre-t-il de moisissure, par exemple, et à quelle fréquence faut-il donc le collecter? Et où doit-il être stocké? La logistique est véritablement la colonne vertébrale du système", souligne M. Vermeulen.
Le nettoyage des emballages s’effectue via des stations de lavage spécialisées, auxquelles participent également des organisations de l’économie sociale, telles que MIVAS. Celle-ci est située près de Malines, ce qui rend ce choix tout à fait logique.
De l’emballage au service
L’un des changements les plus radicaux au sein de REPASYS réside dans la logique économique qui sous-tend les emballages. Au lieu d’un modèle linéaire – du producteur au consommateur, puis aux déchets –, on travaille à la mise en place d’un système circulaire dans lequel les emballages sont réutilisés en permanence. Il est bien sûr essentiel de déterminer la fréquence à laquelle un emballage est utilisé et restitué pour évaluer les coûts et les bénéfices du système par rapport aux emballages à usage unique habituels jusqu’à présent.
C’est pourquoi le projet explore également, à titre d’alternative, le modèle du "Packaging as a Service", dans lequel les emballages ne sont plus vendus, mais font partie d’un système géré. "On n’achète alors plus l’emballage, mais on paie pour l’utilisation du système", explique M. Vermeulen. "L’entreprise qui prend en charge toutes les autres parties prenantes pourrait ainsi en être également la propriétaire. Pour d’autres variantes, la question de savoir qui est finalement propriétaire de l’emballage reste à trancher. En effet, aujourd’hui, un emballage à usage unique passe du producteur au détaillant, puis au consommateur, avant de finir à la poubelle. Dans un système réutilisable, ce modèle linéaire disparaît."
Les données, moteur de l’optimisation
Les données jouent un rôle central au sein de REPASYS. Grâce au suivi numérique, on obtient une image détaillée de la manière dont les emballages circulent à travers le système. "En théorie, cela peut même aller au-delà du simple suivi", déclare M. Vermeulen. "À terme, on pourra également commencer à orienter le processus. Par exemple, en envoyant un message au consommateur pour lui indiquer depuis combien de temps l’emballage se trouve chez lui et qu’il doit le rapporter afin de récupérer sa consigne et de permettre la réutilisation de l’emballage après nettoyage. À plus long terme, le système pourrait par exemple prédire où les emballages sont nécessaires, comment organiser plus efficacement les flux de retour ou quand une capacité supplémentaire est requise."
Une collaboration ouverte avec une ambition européenne
Bien que le projet pilote actuel se déroule en Flandre, REPASYS tient expressément à développer un système ouvert pouvant également être déployé à plus grande échelle. "Nous ne voulons pas construire un système fermé", souligne M. Vermeulen. "Il doit s’agir d’un système capable de croître et de s’étendre." Les entreprises et organisations affiliées à l’un des partenaires peuvent participer au groupe d’utilisateurs du projet.
Un parcours pluriannuel vers les emballages circulaires
REPASYS s'étend jusqu'en 2028 et en est encore à sa première phase. Le projet pilote actuellement mené en magasin ne constitue que le début d’un long parcours de tests, d’analyses et de mise à l’échelle. "Ce n’est que la première phase", explique Mme Vermeulen. "Ce que nous apprenons ici déterminera ce qui sera possible par la suite. C’est à partir de là que nous définirons les étapes suivantes." Selon elle, le projet marque avant tout un changement fondamental dans la façon dont les emballages sont considérés. "Nous devons nous défaire de l’idée qu’un emballage finit en déchet", conclut-elle. "Dans un système circulaire, un emballage n’est plus un produit fini, mais un maillon d’un cycle continu."